En cette fin de saison des assemblées générales du SBF 120, le bilan est contrasté. Si le taux de contestation baisse, signe du meilleur dialogue en amont entre société et investisseurs, les assemblées, plus formelles et formatées, perdent de leur personnalité.

Le rejet de la rémunération de Carlos Ghosn, PDG de Renault, suivie quelques semaines plus tard de l’approbation d’un vote contraignant sur les rémunérations des dirigeants par les députés en première lecture dans le cadre de la loi Sapin II, ont mis les rémunérations sur le devant de la scène des assemblées générales françaises 2016. Pourtant, elles sont de moins en moins contestées ! Le « say on pay » sur le SBF 120 (pour les 102 AG tenues à mi-juin) atteint 89%, en hausse de 2 points sur un an, selon L’Hebdo des AG. Sur le seul CAC 40, la progression est plus forte, +3,5 points à 89,3%, bien que le score recule dans une entreprise sur trois, constate Capitalcom. Les actionnaires contestent à la fois le montant jugé excessif des rémunérations et leur déconnexion avec les performances de l’entreprise. D’ailleurs, au sein du CAC 40 les taux d’approbation des actions de performance de 87,3%, et celui des conventions réglementées liées aux rémunérations (retraites chapeau…) de 84,7% sont inférieurs à ceux du « say on pay », ajoute Capitalcom.

Les mesures anti-OPA sont mieux acceptées

Les assemblées générales, davantage préparées en amont avec les investisseurs et avec les proxys, connaissent de moins en moins de contestations. Seules 20 résolutions ont été rejetées contre 44 en 2015, soit 1%, dans le CAC 40 comme dans le Next 80, constate L’Hebdo des AG. Les mesures anti-OPA ont été plus nombreuses et mieux acceptées, avec des rachats d’actions en période d’OPA approuvées à 83% (+16 points), dont 2 dans le CAC 40 (Bouygues et Vivendi) et 7 dans le Next 80.

Les quorums restent stable, mais sur des niveaux élevés, 65% dans le CAC 40 et 75% dans le Next 80, avec pourtant de moins en moins d’actionnaires individuels présents. Il est vrai que cocktails et cadeaux sont plus rares ! Quant au seuil de 40% de femmes dans les conseils, la moitié du SBF 120 attendra l’an prochain pour atteindre ce seuil, conformément à la loi Copé-Zimmermann et tant pis si la recommandation du code Afep-Medef n’est pas respectée cette année.

La gouvernance dissociée n’est plus minoritaire

Surtout, les sociétés françaises prennent cette année un nouveau visage. La gouvernance dissociée devient majoritaire. Le CAC 40 ne compte plus que 19 PDG et il en reste seulement 40 dans le Next 80, constate l’Hebdo des AG. Dans ce contexte, le sacro-saint discours du président disparaît progressivement (15 dans le CAC 40 et 18 dans le Next 80) au profit de prises de paroles plus partagées. Les AG deviennent plus formelles et formatées. A l’avenir, l’enjeu pour les dirigeants « est de trouver un nouvel équilibre de communication, anticipe L’Hebdo des AG. Les CEO américains et britanniques s’expriment bien…pourquoi les Français se restreindraient-ils à des scripts impersonnels ? »

Si les assemblées durent en moyenne, comme l’an dernier près de 2 heures et demi, le temps consacré à la séance de questions-réponses a diminué de 13 minutes au profit d’exposés, de plus en plus institutionnalisés, sur les finances, la gouvernance, les rémunérations, la RSE ou encore le digital. Une réduction du temps de parole pas toujours appréciée par les actionnaires. Ce devrait être un point d’attention pour l’an prochain. Cette année, les petits porteurs ont concentré leurs questions sur la gouvernance, le digital et les relais de croissance à l’international, thèmes déjà développés dans les présentations du management.

La RSE devient incontournable

La tenue de la COP21 en fin d’année dernière à Paris a participé à une prise de conscience encore plus grande des entreprises sur ce sujet. Elles doivent aussi faire face à un fort activisme sociétal de la part d’associations et d’investisseurs, comme les Amis de la Terre, la coalition Hermès ou PhiTrust, note Capitalcom. Aussi, deux sociétés du CAC 40 sur trois ont développé en AG leur politique d’adaptation au changement climatique, et trois sur cinq ont mis en avant la responsabilité sociale et environnementale (RSE) comme un levier de performance sur le long terme.

Thomas Fenin