Jamais les résolutions sur le changement climatique n’ont été aussi nombreuses. Très actifs aux Etats-Unis, les investisseurs commencent à se faire entendre en Europe.

A la suite de la signature de l’Accord de Paris, adopté lors de la COP 21 et prévoyant de limiter le réchauffement climatique, les résolutions sur le climat présentées lors des assemblées générales seront plus que jamais regardées de près.

Deux fois plus de résolutions qu’en 2012

Depuis quelques années, l’engagement de certains actionnaires pousse les entreprises à se fixer des objectifs ambitieux. Dans le monde, plus de 1.000 investisseurs, pesant 14.700 milliards d’euros d’actifs, se mobilisent sur le changement climatique. Parmi eux, plus d’un tiers s’appuie sur leur engagement actionnarial pour faire évoluer les entreprises, selon Novethic, centre de recherche sur l’investissement responsable, filiale de la Caisse des Dépôts. Cette année, 170 résolutions sur le thème du climat ont pour le moment été recensées. Soit deux fois plus qu’en 2012. Les deux tiers concernent le secteur des pétrolières, des producteurs d’électricité, et les entreprises minières.

Des résolutions plus exigeantes

D’année en année, Novethic note des exigences de plus en plus grandes. Les résolutions généralistes, peu contraignantes, comme celles demandant un reporting sur le développement durable, ont quasiment disparu, alors qu’elles représentaient encore un quart des résolutions climat en 2014. En revanche, les résolutions nécessitant des changements structurels représentent cette année le tiers des résolutions climat, contre 7 % en 2014. Cela peut être la nomination d’experts environnementaux dans les conseils d’administration, l’obligation de critères environnementaux dans la rémunération des dirigeants,  ou encore la transparence sur le lobbying climatique. Autre  tendance qui se confirme depuis deux ans, les résolutions portant sur la résilience climatique. Les investisseurs demandent aux sociétés de modifier leur business model, par exemple en ciblant les risques de dépréciation d’actifs.

Et pour Novethic, les AG 2016 sont placées sous ce signe de la transition énergétique. Les pétrolières devront ainsi s’expliquer sur la pertinence de leurs investissements dans les ressources non-conventionnelles (comme les schistes bitumineux), coûteuses, risquées et ne venant pas limiter le réchauffement climatique.

Rien que pour l’assemblée générale d’ExxonMobil le 25 mai prochain, neuf résolutions climatiques ont été déposées. La major pétrolière avait tenté d’échapper à certaines, mais la SEC, le régulateur des marchés américain, l’a contrainte, ainsi que Chevron, à soumettre au vote les résolutions sur les risques financiers liés au changement climatique.

Les trois quarts des engagements pris par les entreprises sont respectés

Elément très encourageant, les résolutions, votées ou non, font bouger les lignes. Les engagements climatiques pris depuis 2014 en Amérique du Nord ont été totalement respectés à 73 %, et tenus en grande partie à 13 % selon une étude de l’organisation américaine Ceres. Certaines sociétés préfèrent trouver un accord en amont de l’AG pour ne pas avoir de résolution présentée au vote. Plus de 60 accords pré-AG ont ainsi été signés en 2014. En 2015, un quart des résolutions climat présentées ont été adoptées. En France, sous la pression notamment de PhiTrust qui a renoncé à déposer une résolution externe, Total dévoilera lors de son AG du 24 mai un rapport sur sa gestion des risques climatiques.

La plupart des résolutions sont déposées aux Etats-Unis, mais les entreprises européennes sont de plus en plus concernées. Le débat entre investisseurs et émetteurs restent un travail de longue haleine. Les premiers exigent des preuves d’efforts accrus pour lutter contre le réchauffement climatique, tandis que les seconds, pénalisés par la chute des prix du pétrole, cherchent d’abord une visibilité sur leur rentabilité.

Thomas Fenin