Les votes sur les rémunérations sont plus hétérogènes. Les questions liées au climat montent en puissance, tandis que les ONG prennent de plus en plus la parole. Les conseils se modernisent fortement.

Les saisons des assemblées générales françaises se succèdent mais ne se ressemblent pas. Malgré un contexte politique mouvementé, les assemblées ont été plutôt calmes, sans forte contestation ni présence tonitruante d’activistes. Les données citées sont issues de l’étude Capitalcom et Hebdo des AG.

Le climat devient un sujet majeur

Cette année, 18% des sociétés du CAC 40, contre 6% l’an dernier, ont présenté un rapport intégré lors de leur AG. Un mouvement repris par les dirigeants dans le déroulé de l’assemblée générale, en inscrivant les défis de leur société dans un contexte économique global. Ainsi, plus d’un tiers des entreprises a exposé sa politique d’anticipation et de gestion des risques. Et un quart du CAC 40 a évoqué son dispositif de dialogue avec les parties prenantes. Parfois le débat se poursuit dans la salle avec ONG et salariés, notamment chez les bancaires.

Surtout, les enjeux climatiques se placent au cœur des thématiques abordées. Plus de la moitié du CAC a traité ce sujet en AG, tandis que les questions de responsabilité sociale ont été très présentes cette année, constate Capitalcom. D’ailleurs le sujets RSE ont été abordés par le dirigeant dans plus de quatre sociétés sur cinq. Pour sa part, L’Hebdo des AG estime que la RSE, de plus en plus règlementée, devient le parent pauvre des AG, les sociétés du SBF 120 consacrant seulement 3 minutes à ce sujet contre le double l’année précédente. En revanche, les ONG se font de plus en plus entendre en assemblée, mais sont mal accueillies par les actionnaires individuels. Révélateur du décalage des attentes des uns et des autres.

Des rémunérations moins bien votées

Entre la dernière année du « say on pay » consultatif et la première année du vote sur la politique de rémunération issue de la loi Sapin 2, les votes ont été nombreux et parfois tendus, en raison du manque de lisibilité de la politique de rémunération ou du manque d’alignement entre la performance de l’entreprise et la rémunération versée au dirigeant. Toutes les rémunérations ont été approuvées dans le CAC 40, parfois de justesse, avec un score moyen de 85,7% pour le « say on pay » (contre 89,3% en 2016) et de 86,2% pour la politique de rémunération. Mais 25% des résolutions, ex-post et ex-ante, ont été adoptées à moins de 80% (contre 16,4% en 2016). Sur le Next 80, les scores d’approbation restent élevés à 89% pour le « say on pay » et 90% pour la politique de rémunération. À défaut de contestation forte, les actionnaires ont questionné les directions sur l’équité sociale, la transparence et la prise en compte des critères RSE dans le variable. De leur côté les entreprises réfléchissent aux questions d’équité, d’image et d’acceptabilité sociale de la rémunération de leurs dirigeants, alors qu’investisseurs et proxys ne semblent pas encore avoir intégré ces dimensions. Un indicateur à suivre pour la saison 2018.

40% de femmes et après ?

Sous la contrainte de la loi Copé-Zimmermann, les conseils ont franchi le seuil de 40% de femmes et comptent désormais 44% d’administratrices dans le CAC 40 et 41% dans le Next 80, selon L’Hebdo des AG. Les conseils progressent aussi sur d’autres critères. Ils comptent 34% d’étrangers dans le CAC 40 et 25% dans le Next 80. La moitié des conseils du Next 80 se sont renouvelés cette année et 30% de ceux du CAC 40. Les cumuls de mandats tendent à disparaître et les administrateurs salariés s’intègrent sans heurt. Seul point noir subsistant, la faiblesse des jetons de présence, de 28.000 euros net, hors comité, dans le SBF 120. Ce niveau ne permet pas de recruter tous les candidats souhaités. Les sociétés n’osent pas accroitre l’enveloppe des jetons de présence, de peur d’affronter le vote des actionnaires voire la vindicte populaire. Peut-être franchiront-elles le pas en 2018…

Thomas Fenin