Les résultats de la 1ère édition du Baromètre de la SFAF sur l’intégration de l’information extra-financière sont sans appel : la pratique est bien ancrée dans les métiers, la démarche est désormais incontournable car directement liée à la performance de long terme des entreprises. Il y a cependant encore beaucoup d’efforts à faire sur la disponibilité, la fiabilité et la standardisation des données. Le rapport intégré apporte dans ce domaine une précieuse source d’informations, surtout s’il est synthétique, pertinent et accessible en même temps que le document de référence.

Entretien avec Fabienne Brilland, membre de la Commission « Analyse extra-financière » de la SFAF, co-présidée par Corinne Baudoin et Marie-Pierre Peillon.

Que retenir de cette première édition du Baromètre SFAF sur l’intégration de l’information extra-financière ?

Première surprise, les membres SFAF qui ont répondu à notre enquête et qui utilisent dans leur métier les informations extra-financières sont en majorité des analystes et gérants mainstream et non pas seulement des spécialistes ESG. Cela veut bien dire que la démarche extra-financière est désormais ancrée dans les pratiques et qu’elle est indissociable de l’analyse de la performance des entreprises sur le long terme. Dans 20% des cas, c’est également un engagement propre à la société de gestion. Cela renvoie à la forte demande de prise en compte des critères ESG de la part des investisseurs institutionnels. Regarder la seule performance financière est clairement aujourd’hui une pratique de gestion minoritaire (14% des répondants).

Deuxième enseignement, parmi les freins en matière d’intégration ESG, il y a encore de nombreux axes de progrès, en matière de disponibilité, de fiabilité et de standardisation des données. L’absence de définitions homogènes en particulier sur les performances environnementales pèse ainsi sur le travail des analystes et sur leur besoin de comparabilité entre émetteurs dans ce domaine. Point positif, l’intégration des critères sur la gouvernance est mainstream pour 85% des répondants. La formation des équipes et l’amélioration de la qualité des données, des outils, des méthodologies faciliteraient certainement l’intégration des critères ESG dans les sociétés de gestion sachant qu’il y a une forte appétence d’informations extra-financières concernant les Small and Mid Caps

Où les analystes et gérants vont-ils chercher les données ESG dont ils ont besoin ?

Plus de 80% des analystes et gérants utilisent avant tout les données produites par les émetteurs : Rapport RSE, Rapport intégré. Ce dernier apporte une véritable valeur ajoutée. Avec des éléments prospectifs et chiffrés sur le long terme, il traduit les enjeux ESG en opportunités et risques. Mais attention, dans un bel ensemble, analystes et gérants veulent de la concision, une plus grande sélection d’informations et différents indicateurs pertinents dans le temps. Histoire de mesurer le chemin parcouru.

Au-delà des supports existants et en attendant la DPEF …

Les répondants au baromètre SFAF ont plébiscité (74%) l’importance du dialogue avec les émetteurs. Il y a clairement une forte demande de leur part. Ils veulent ainsi pouvoir plus facilement interroger les responsables du développement durable ou RSE des entreprises. Et cela tombe bien, car de leur côté, les émetteurs veulent être plus régulièrement questionnés sur ces sujets pour améliorer leurs pratiques. L’enjeu est de taille : la connectivité entre le financier et l’extra-financier. Avec des modèles d’entreprises plus responsables tout en améliorant la rentabilité des investissements. La réglementation vient donner un sacré coup de pouce en la matière, avec la Déclaration de performance extra-financière (DPEF), attendue pour les rapports de cette année.

Propos recueillis par Beñat Caujolle