A l’occasion de Paris Europlace 2016, l’Observatoire de la communication financière (OCF) a dévoilé hier une enquête sur la communication financière des risques, avec un regard croisé entre émetteurs et investisseurs/analystes

Si besoin était, le Brexit a remis devant la scène l’importance et la diversité des risques, externes comme internes, qui pèsent sur les entreprises. Mais comment communiquent les sociétés sur ces risques ? A l’occasion des journées de Paris Europlace, l’Observatoire de la communication financière (OCF) a présenté hier une enquête menée en avril auprès des émetteurs, petits et grands, cotés sur Euronext Paris, et des analystes et investisseurs. Un sujet qui les préoccupe différemment : trois fois plus d’investisseurs que d’émetteurs ont répondu à l’enquête.

L’information est jugée « partiellement » satisfaisante par la moitié des analystes

Les relations investisseurs sont au cœur du dispositif d’information. Près de la moitié d’entre eux (44 %) participent à la rédaction du chapitre sur les facteurs de risque dans le document de référence, et la plupart (91 %) relisent ce document. Bonne nouvelle qui tord le cou aux idées reçues, à 87 % analystes et investisseurs lisent tout ou partie de ce chapitre. Si plus des trois quarts d’entre eux jugent l’information satisfaisante, la moitié des lecteurs ne sont que « partiellement » satisfaits. Ils critiquent une l’information formatée, juridique, sans valeur ajoutée, peu quantifiée, prudente… Bref, ils peinent à s’y retrouver. Pourtant, les trois quarts des analystes intègrent, au moins partiellement, les facteurs de risque dans leurs modèles d’évaluation.

Une communication plus informelle est donc nécessaire pour améliorer cette compréhension des risques. Si 56 % des relations investisseurs se disent interrogées, les analystes et investisseurs déclarent à 72 % questionner les émetteurs. Un décalage qui peut s’expliquer par la possibilité d’avoir des interlocuteurs différents au sein de l’entreprise. Mais tous se penchent davantage sur les risques financiers et opérationnels, que sur les risques juridiques ou environnementaux.

Analystes et investisseurs vont chercher en priorité des informations complémentaires dans le rapport annuel et sur le site Internet, alors que les émetteurs misent davantage sur le rapport RSE. Toutefois, la montée en puissance du rapport intégré devrait permettre de faire converger les attentes des uns et les réponses des autres.

Les émetteurs pourraient aussi mettre en avant et expliquer la matrice de matérialité, pas toujours connue mais jugée utile par 41 % des investisseurs. Pourtant, si la moitié des émetteurs en réalisent une, seulement un quart la publie.

Les investisseurs veulent aborder les nouveaux risques

La communication sur les risques nécessite de la pédagogie et le meilleur moyen de se faire comprendre est le contact (77 %), estiment les émetteurs, loin devant les slides de présentation (33 %) ou les communiqués de presse (18%). Au quotidien, le périmètre des risques évoqués est particulièrement large, allant des enjeux opérationnels (concurrence, évolutions technologiques…) aux risques réglementaires (craintes de nouvelles réglementations, fiscalité, sanctions de l’Autorité de la concurrence), en passant les risques macroéconomiques (croissance selon les pays, changes, prix du pétrole ou des matières premières…) et géopolitiques, mais aussi juridiques, réputationnels ou de gouvernance.

Émetteurs comme analystes s’accordent sur les objectifs de cette communication financière : obtenir davantage d’explications (autour de 77 %), et confirmer la compréhension des risques périodiques (environ 58 %). Les entreprises voient dans ce dialogue un moyen de mieux apprécier le degré de matérialité des risques, tandis que les analystes espèrent aussi aborder de nouveaux risques. Parmi eux, émetteurs et investisseurs s’accordent à citer d’abord la cybercriminalité et la compliance, puis la sécurité des personnes, et enfin l’activisme et le risque climatique.

Au global, la moitié des analystes et des investisseurs juge avoir une bonne appréciation des risques pour une juste évaluation des entreprises. Une proportion qui ne demande qu’à progresser et qui met en lumière le rôle clé et pédagogique des relations investisseurs pour éclairer les analystes.

Thomas Fenin

Retrouvez l’étude complète de l’OCF : «Comment la communication parle-t-elle des risques ?»