Après l’affaire Vinci de novembre 2016, l’AMF émet des recommandations. Le régulateur invite les émetteurs à améliorer leurs procédures, et demande à Euronext de renforcer ses coupe-circuits.

La communication financière est un art. Elle d’autant plus difficile quand on doit faire face à une attaque de fausse information. Victime de faux communiqués, Vinci avait perdu plus de 18% en séance le 22 novembre dernier. Pour empêcher qu’une telle affaire se renouvelle, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a récemment présenté l’avancement de ses travaux*.
La directive Transparence pose le principe d’une information réglementée communiquée aux médias « d’une manière qui garantisse la sécurité de la communication, qui minimise le risque de corruption des données et d’accès non autorisé et qui apporte toute certitude quant à leur source ». Pour répondre à toutes ces exigences, l’AMF recommande de mettre en œuvre ou de renforcer une série de bonnes pratiques.

Prévenir les risques, sensibiliser les équipes et mettre en place une veille

Les émetteurs sont incités à :

  • sensibiliser en interne les équipes diffusant l’information à ce type d’attaque extérieure
  • adresser simultanément aux diffuseurs professionnels tout communiqué envoyé aux agences de presse
  • communiquer hors des périodes de cotation, sauf si cela est indispensable au regard du règlement abus de marché
  • mettre en place des procédures fiables de diffusion, notamment en passant par un diffuseur, et renforcer la sécurité des transmissions électroniques
  • mettre en place un dispositif de veille, pour notamment détecter les faux sites, et protéger le sien pour qu’il ne soit pas dupliqué ; et s’informer des nouveaux modes de piratage pour pouvoir les contrer
  • prévoir une procédure d’urgence en cas d’attaque pour réagir au plus vite.

Publication de la liste des diffuseurs sur le site de l’AMF

Agences de presse et journalistes sont également invités à vérifier la provenance des communiqués de presse, en contrôlant le nom de domaine et la syntaxe de l’adresse mail source de l’information, et en s’assurant de la présence d’une certification de l’e-mail de l’émetteur quand il a adopté ce dispositif. Dans ce cadre, l’AMF a l’intention de publier sur son site la liste des diffuseurs correspondant à chaque émetteur coté.

Renforcement des coupe-circuits par Euronext

Alors que le gendarme boursier continue son enquête sur le dossier Vinci, notamment sur d’éventuels profits réalisés grâce à la chute du cours en séance, il a proposé à Euronext de renforcer les mécanismes de sécurité.
D’une part, l’AMF propose de renforcer les coupe-circuits. Aujourd’hui, le seuil statique est fixé à 10% par Euronext pour les valeurs du CAC 40. Au-delà d’une variation de + ou – 10% par rapport au cours de référence, la cotation est suspendue pendant une brève période de réservation, avant de reprendre. Dans le dossier évoqué, le titre avait été réservé deux fois à la baisse et une fois à la hausse. Aussi, l’AMF a demandé à Euronext de revoir ce seuil pour les titres du CAC 40 afin de suspendre plus rapidement les négociations. Reste à savoir où Euronext placera le curseur entre 0% et 10%.
D’autre part, le régulateur invite Euronext à mieux sécuriser la procédure de reprise des négociations, en prévoyant une durée minimum de réservation laissant le temps aux acteurs d’examiner la situation.
Euronext, qui réfléchit depuis la fin 2016 au renforcement de ses mécanismes de sécurité, étudie actuellement les possibles évolutions avec le Collège des régulateurs de l’entreprise de marché.

Thomas Fenin

*Nota : Le Cliff avait auparavant publié ses recommandations pratiques que vous pouvez retrouver ici. Travaux repris en partie par l’AMF.