L’Etablissement de retraite additionnelle de la Fonction publique (ERAFP) milite pour un meilleur dialogue avec les entreprises et engage avec les autres investisseurs de la sphère publique une réflexion sur leurs pratiques de vote.

Entretien avec Olivier Bonnet, responsable de l’ISR, à l’Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique (ERAFP)

Labrador : Quelle est la politique de vote de l’ERAFP ?

Olivier Bonnet : Dans ses grandes lignes, notre politique de vote est assez semblable à celle des autres investisseurs institutionnels. Elle s’inspire du code Afep-Medef et des recommandations des agences de conseil en vote, notamment Proxinvest. L’ERAFP a toutefois certaines spécificités, comme sa politique de dividende responsable. Nous ne souhaitons pas défendre une politique d’augmentation continue du dividende. Nous suivons une série d’indicateurs d’alerte, qui nous permettent de juger si le niveau du dividende est trop élevé. Ces indicateurs sont aussi bien économiques (ratio d’endettement, taux de distribution, capacité d’investissement, en comparaison avec ceux du secteur), que sociaux (évolution de la rémunération moyenne des salariés). En fonction de ces éléments, nous pouvons estimer que la société devrait conserver son cash, pour se désendetter ou investir. L’an dernier, nous nous sommes ainsi opposés à environ 30 % de résolutions sur le dividende. Cela a notamment été le cas dans certaines sociétés où l’Etat est actionnaire de référence.

Quelle est votre politique en matière de rémunération des dirigeants ?

Nous promouvons la transparence, l’équité et la modération. La rémunération globale ne doit pas dépasser 100 Smic. Si elle dépasse ce seuil, sans justification, nous votons contre. Nous regardons aussi l’équilibre de la composition de la rémunération. La part variable ne doit pas excéder trois fois le fixe, et le variable court terme doit être inférieur au variable long terme. De plus, les critères ESG (environnementaux, sociétaux et de gouvernance)  doivent être pris en compte dans les éléments d’attribution de la part variable. Par ailleurs, nous votons quasiment systématiquement contre les régimes de retraite-chapeau, sauf si l’effort de cotisation est partagé entre le bénéficiaire et l’entreprise. Nous voulons aussi mettre en avant les bonnes pratiques. Pour cette raison, nous avons voté en 2015 la rémunération du patron de Legrand.

Quelles seront vos points particuliers d’attention  pour la saison 2016 des assemblées générales ?

Nous sommes vigilants sur la composition des conseils, notamment en matière de mixité. Alors que la loi Copé-Zimmermann impose 40 % de femmes dans les conseils en 2017, nous avons fixé un seuil de 30 % en 2015, relevé à 35 % pour cette année. Concrètement, si ce seuil n’est pas atteint, nous nous réservons la possibilité de voter contre une candidature masculine.
Depuis plusieurs années, nous demandons un reporting financier, pays par pays, pour le secteur financier. Désormais, en France la plupart de ses sociétés répondent à cette exigence. Si ce n’était pas le cas, nous ne donnerions pas de quitus sur les comptes. Dans la perspective de la transposition d’une directive européenne, nous demandons cette année ce même reporting pays par pays pour  le secteur extractif.

Etes-vous satisfait de votre dialogue avec les entreprises ?

Nous aimerions mieux et davantage dialoguer avec les sociétés. Mais elles ont du mal à nous identifier, et à voir en nous un investisseur stratégique. D’une part, nous ne sommes pas investisseur direct, mais uniquement à travers des mandats de gestion. Ces sociétés de gestion ont pour mission d’appliquer notre politique de vote et de l’envoyer aux émetteurs, dont nous sommes indirectement actionnaires. D’autre part, nos tickets se limitent au maximum à 0,2 % ou 0,3 % des grandes capitalisations. Mais avec les autres investisseurs de la sphère publique (CDC, Ircantec…), nous pesons en revanche plus lourd. Mieux échanger avec eux en ce qui concerne nos pratiques de vote est d’ailleurs une piste de réflexion.

Quelle est la stratégie actionnariale de l’ERAFP ?

Notre politique de vote n’est qu’un élément de notre politique d’engagement actionnarial. L’ERAFP a signé les Principes pour l’investissement responsable (PRI). Cette année, nous nous concentrons notamment sur la lutte contre le changement climatique, sur la lutte contre l’optimisation fiscale agressive, sur la promotion de pratiques d’entreprises cohérentes entre leurs engagements en faveur du développement durable et leurs actions de lobbying, et sur la prévention des risques sociaux dans la chaîne d’approvisionnement. Nous souhaitons aussi poursuivre le dialogue avec les entreprises sur ces sujets.

Propos recueillis par Thomas Fenin

Retrouvez les lignes directrices pour l’engagement actionnarial de l’ERAFP 2016: ici