Le premier gestionnaire de fonds mondial dévoile ses objectifs pour 2017-2018. Il donne la priorité à la diversité des conseils et à une meilleure prise en compte des risques climatiques

Inédit. BlackRock a pour la première fois publié ses engagements en matière de gouvernance. Des objectifs mondiaux pour 2017-2018. Un texte à regarder de près pour les émetteurs. Car si ses demandes n’étaient pas suivies d’effets, le premier gérant d’actifs au monde, avec plus de 5.000 milliards de dollars d’encours, n’hésitera pas à voter contre certaines résolutions en assemblée générale. Le gestionnaire de fonds américain veut ainsi inciter les entreprises à préciser certains éléments de gouvernance et de responsabilité sociale et environnementale qu’elles ne donnent pas spontanément. BlackRock les invite à aller au-delà des simples obligations règlementaires. Son objectif affiché est de changer le comportement des entreprises, de préférence par le dialogue plutôt que par une opposition en assemblée générale. BlackRock se fixe plusieurs priorités.

Une meilleure diversité des conseils

Pour le gestionnaire de fonds, la composition, l’efficacité et la responsabilisation du conseil constituent une priorité absolue. Il sera particulièrement attentif à la politique du conseil en matière de renouvellement des administrateurs et de diversité (compétence, expérience, âge, race et genre). En la matière, la France est plutôt en bonne position, grâce à la loi Copé-Zimmermann, qui en imposant 40% de femmes dans les conseils a accéléré la diversité des recrutements. Cette diversité, qui permet de prendre de meilleures décisions, doit aussi répondre aux risques spécifiques de l’entreprise, avec des administrateurs maîtrisant ces risques. BlackRock incite aussi à renforcer la responsabilisation des administrateurs, en procédant à une élection chaque année et à une évaluation du conseil et des administrateurs.

Plus globalement, BlackRock demande aux entreprises d’avoir une stratégie de long terme et d’en présenter les différentes étapes. Mais aussi de montrer comment elles adaptent leur politique en fonction de l’évolution de l’environnement.

Des rémunérations corrélées à la performance de l’entreprise

Le gestionnaire de fonds demande que les critères de performance de la rémunération des dirigeants soient étroitement liés à la stratégie et aux objectifs de long terme de l’entreprise. Si la rémunération semble être en contradiction avec la performance de la société, BlackRock veut une justification précise et publique. Désormais, il attend que l’augmentation des rémunérations des dirigeants soit en ligne avec celle des salaires dans l’ensemble de l’entreprise. Aussi, il n’exclut pas de demander au conseil dans quelle mesure il tient compte de l’équité salariale au sein de l’entreprise et du contexte macroéconomique quand il fixe les rémunérations.

BlackRock considère qu’il a été pour le moment suffisamment patient. En l’absence de changement, il pourrait voter contre le renouvellement des membres du comité de rémunération si le lien entre la stratégie, la création de valeur à long terme pour les actionnaires et les plans de rémunération de long terme n’est pas démontré de manière pertinente.

Le risque climatique : une affaire de tout le conseil

Avec la loi Grenelle, les entreprises françaises fournissent déjà beaucoup d’informations environnementales. Mais c’est loin d’être le cas dans le reste du monde. Or, le risque climatique constitue un vrai risque systémique pour BlackRock. Tout le conseil doit avoir conscience de ces risques et les prendre en compte dans la stratégie de long terme.

La gestion du capital humain est aussi une mission du conseil

BlackRock regarde comment les conseils d’administration travaillent avec le management pour améliorer les performances en matière de ressources humaines (diversité, égalité des chances en matière d’emploi, de santé, de sécurité, de salaire…). D’autant qu’au regard de l’évolution du marché du travail, la gestion du capital humain est considéré par les entreprises et par les investisseurs comme un avantage concurrentiel.

Thomas Fenin