C’est une première en Europe. Ce 3 octobre, lors des Grands Prix de la Transparence, 3 nouveaux prix sont venus récompenser objectivement la clarté de l’information financière et juridique. Pour aboutir à ce palmarès 2018, 289 textes ont été passés au crible. C’est le fruit d’un travail de plus de 18 mois au sein de Labrador Maverick*. Pour y parvenir, nous y avons associé les experts francophones du langage clair les plus reconnus. 

Mesurer scientifiquement le langage pour améliorer les pratiques de place

Il aura fallu attendre neuf ans pour pouvoir inclure la clarté rédactionnelle aux critères de Transparence. A l’origine de ce basculement, une équation scientifique. Composée de 27 critères combinés, elle permet une analyse objective et chiffrée, aussi bien de la structure, que du contenu d’un texte. 

Les « tests de clarté rédactionnelle », qui mesurent la longueur des textes pour en évaluer la clarté, existent depuis des décennies. Cependant, les recherches académiques de Labrador Maverick menées dans le monde anglo-saxon, s’accordent avec les experts du langage clair, pour en constater les limites. Nous le savons particulièrement bien dans notre métier : c’est un raccourci dangereux car un texte court peut être totalement incompréhensible et jargoneux ! Il a donc fallu combiner et affiner plusieurs critères de clarté ensemble, ainsi que trouver les meilleurs outils logiciels pour les mesurer concrètement.

En parallèle, un œil expert sur des textes rendus anonymes est venu conforter ses données mathématiques, afin d’évaluer le sens des textes. Une évaluation humaine nécessaire tant que la technologie ne maitrisera pas pleinement ce volet intellectuel (#IA).  La rigueur scientifique d’une double évaluation et d’une équation multi-facteurs : il fallait bien cela pour sortir le langage clair de l’effet de communication, et en faire une vraie science du langage, mesurable et applicable par tous !

Écrire clairement renforce la personnalité du texte 

Il faut lutter contre une fausse idée tenace : le langage clair ne rend pas les textes mornes et uniformes. Le Langage clair ne dénude pas, mais apporte au contraire plus de personnalité à un texte. A la différence d’un texte obscur, le lecteur comprend vite les notions complémentaires dans un texte clair. La précision lui fait éviter les erreurs d’interprétation. Il lit et comprend un texte personnel. 

Le langage clair simplifie le texte, sans pour autant le rendre simpliste. Il ajoute des informations complémentaires lorsque cela est nécessaire mais au final, réduit le nombre de mots.

La rédaction et la traduction se font donc plus rapidement, et accélèrent ainsi la validation en interne.

Les sciences cognitives démontrent** qu’en face d’un texte obscur, le lecteur se fatigue, culpabilise et peut même suspecter l’information qu’il lit. En revanche, face à une information comprise immédiatement, le lecteur a tendance à croire que c’est vrai.

La clarté est un sujet d’actualité. D’ailleurs, Paul Romer, nommé Prix Nobel de l’Économie il y a quelques jours, est en chasse contre le jargon et les textes complexes !

Yury Akimov

Chargé de mission Langage Clair

 

*Labrador Maverick = le laboratoire de recherche en information d’entreprise du groupe Labrador

** Nous tenons à disposition de nos lecteurs les études sur ce sujet