Le candidat Emmanuel Macron a promis de « libérer l’esprit d’entreprise ». La baisse annoncée de la fiscalité des entreprises et des actionnaires devrait soutenir le parcours boursier des entreprises cotées

A quelques jours de son investiture et de la nomination de son Premier ministre, le nouveau Président de la République, Emmanuel Macron, apporte un vent de fraicheur sur la France et sur le monde. Jeune, audacieux, anglophone, avec une parfaite connaissance du monde des affaires, il améliore très favorablement l’image de la France, en particulier à l’étranger. Les investisseurs ne s’y sont pas trompés et le rebond du CAC 40 depuis les résultats du premier tour en est le signe le plus tangible. Emmanuel Macron se prépare maintenant à mettre en place sa politique en faveur des entreprises. Mais quelle est-elle ?

La transformation du CICE en baisse de charges, une fausse bonne nouvelle

Dans son programme, l’ex-candidat Macron a manifesté sa volonté de « libérer le travail et l’esprit d’entreprise ». Ce qui passe par la réduction du coût du travail. Avec l’annonce d’une baisse des cotisations sociales employeurs en remplacement du CICE, de 6 points pour les salaires jusqu’à 2,5 fois le Smic et jusqu’à 10 points au niveau du Smic. Soit une économie annuelle de près de 1.800 euro par an et par salarié au Smic, ou de 2.200 euros par an pour un salarié payé 3.000 euros bruts par mois.

Toutefois, les sommes perçues par le CICE ne sont pas imposées à l’IS contrairement aux allègements de cotisations, aussi cette transformation du CICE en allègements de cotisations «  se traduirait par une hausse de 10,3 milliards d’euros des prélèvements obligatoires sur le coût du travail » analyse Coe-Rexecode. L’institut d’études économiques fait l’hypothèse d’une répercussion de ces charges dans des hausses de prix et au détriment de l’investissement. De plus, « cette politique donne la priorité à la création d’emplois faiblement qualifiés sur la compétitivité de notre appareil productif, note la Fondation Concorde. Les exonérations de charges sociales sur les bas salaires s’inscrivent dans une logique de transfert financier des secteurs ouverts à la concurrence internationale vers les secteurs protégés de notre économie ».

Une baisse de fiscalité qui favorisera la compétitivité

Du côté de l’impôt sur les sociétés, le programme de campagne prévoit de passer progressivement de 33,3% à 25%, la moyenne européenne. De quoi stimuler l’investissement. La baisse de l’IS et la réduction programmée des charges patronales aurait un impact de 10% sur les résultats des entreprises françaises, notait récemment Natixis AM. Ce qui devrait offrir un potentiel de rebond supplémentaire aux sociétés cotées.

Le programme prévoit aussi de rétablir l’exonération des cotisations sociales pour les heures supplémentaires. Le rétablissement de la réduction forfaitaire de cotisations employeurs de 1,5 euro par heure travaillée procurerait un gain de 1,4 milliard d’euros aux entreprises, et donc une baisse du coût du travail global d’environ 0,4% selon Coe-Rexecode. Soit un gain de compétitivité.

Par ailleurs, la création d’un prélèvement unique sur les revenus du capital de l’ordre de 30%, soit un retour à une taxation fixe, proche de la moyenne européenne, « redonnera de l’attractivité à l’investissement dans les entreprises », analyse la Fondation Concorde. Un mouvement qui devrait être conforté par la sortie des valeurs mobilières de l’assiette de l’ISF. Autre moteur pour la Bourse.

Les bonnes pratiques seront récompensées

Pour combattre la précarité, Emmanuel Macron instaurera un bonus-malus sur l’assurance-chômage. Les entreprises utilisant « exagérément » les contrats courts pâtiront de charges supplémentaires. A contrario, celles qui créeront des emplois stables paieront moins de charges.

Quant aux sociétés qui ne respecteront pas l’égalité salariale hommes/femmes, leur nom sera donné en pâture aux médias. De quoi faire réfléchir et surtout réduire l’écart actuel.

L’ex-candidat d’En Marche a également promis de redéfinir le dialogue social, par branche et par entreprise. Les sociétés devraient saluer cette souplesse, mais les syndicats ont déjà manifesté leur opposition.

En revanche, « l’octroi de l’indemnisation du chômage aux salariés démissionnaires prévue dans le programme va encore davantage complexifier la vie des chefs d’entreprises, déjà confrontés quotidiennement à l’absentéisme des salariés », ajoute la Fondation Concorde. De plus, la réduction du recours à l’électricité nucléaire va renchérir les coûts de production, craint la Fondation Concorde.

Reste à voir ce qui pourra se faire, dans l’attente des législatives. Nous aurons alors l’occasion de détailler la mise en œuvre de ces promesses.

Thomas Fenin