C’est parti ! Depuis le 3 janvier 2018, la directive MiFID2 est entrée en vigueur. Et elle entraîne déjà de profonds bouleversements pour les Brokers (sell-side), pour les investisseurs (buy-side), mais aussi pour les émetteurs. Les Relations investisseurs vont devoir remettre à plat leurs process. L’année 2018 sera charnière.

Les principaux enseignements de l’étude menée par Exane BNP Paribas et EY* auprès de plus de 300 responsables de Relations investisseurs en Europe sont sans appel. Pour la majorité des sociétés interrogées, il ne fait aucun doute qu’avec MiFID2, les coûts inhérents à la communication financière vont augmenter. Et pour 90% d’entre elles, le nombre d’analystes financiers va diminuer. La recherche devenant payante, l’industrie buy-side / sell-side s’en trouve bouleversée. Fini le temps des notes d’analystes quasiment disponibles gratuitement. L’objectif de la nouvelle réglementation est bien de mettre un terme à un système opaque où le prix de la recherche était rarement connu.

Une refonte des process

« Pour les entreprises cotées, l’impact est indirect mais bien réel », explique Bénédicte Thibord, Global Head of Corporate/Expert Access chez Exane BNP Paribas, « les Relations investisseurs doivent s’attendre à un recul du nombre d’analystes sell-side, mais probablement également a une couverture de moindre qualité, tout ceci étant lié aux impacts déflationnistes de MiFID2 sur les budgets de Recherche». Pour les Mid et Small Cap, qui vont voir le nombre d’analystes les suivre fondre comme neige au soleil, les effets sont immédiats. Pour les Large Cap et Blue Chip les effets se feront sentir à moyen terme.

Le Day-to-Day des équipes de Relations Investisseurs devrait probablement également évoluer. Par exemple, elles devront s’organiser pour répondre aux demandes directes croissantes des investisseurs. Cette tendance qui s’est amorcée devrait s’accélérer. Cela pourrait impliquer pour certaines équipes déjà peu staffées, un renforcement des effectifs dédiés. Point à intégrer dans les négociations budgétaires. Autre contrainte, les Relations investisseurs pourront plus difficilement faire passer à leurs CEO et CFO les dernières notes de recherche sous simple format PdF, remplacé à terme par du html protégé. À noter également les impacts probables sur les consensus de place qui pourraient pâtir en qualité et qui devront de facto être suivis de plus près en interne.

Les roadshows: une démarche plus « quali »

Peu d’impacts à anticiper pour les roadshows dédiés exclusivement aux actionnaires principaux que les équipes Investor Relations connaissent bien. La donne est en revanche différente si la société souhaite élargir sa base actionnariale dans une région donnée, car peu de courtiers pourront fournir un support de targeting investisseurs de qualité : “qui regarde votre valeur ? Quel gérant cibler en priorité ?”. Dans l’univers post-MiFID2, le bon sens incitera probablement naturellement les Investor Relations à allouer leurs roadshows aux analystes les plus influents. « Les émetteurs ne doivent pas hésiter à challenger davantage les sell side sur les contacts Investisseurs à cibler en priorité dans le cadre d’un roadshow. MiFID2 est aussi l’occasion pour nous brokers de revoir nos process et fournir un service de targeting investisseurs de meilleure qualité », glisse Benedicte Thibord.

L’année 2018 sera une année de transition. Chacun des intervenants, investisseurs, courtiers et entreprises va trouver ses nouvelles marques pour dessiner un nouvel équilibre.

Beñat Caujolle

*MIFID2 IR Survey, Exane BNP Paribas, EY, décembre 2017 > ici