Les deux partenaires EY et Labrador viennent de publier le très attendu Panorama de la Gouvernance. Après des années d’efforts continus, le constat est sans appel : la Gouvernance atteint désormais un bon niveau en France. Parité, indépendance, diversité des nationalités et des compétences, intensification des thèmes de travail, tous les indicateurs ont bien évolué. Reste aux conseils à relever les défis de demain : la transformation digitale des modèles opérationnels, la RSE, l’éthique ou encore les nouveaux risques. Et la confiance impose toujours plus de transparence et de pédagogie.

Entretien avec Jeremy Thurbin, Partner EY

En termes de transparence, avez-vous le sentiment qu’il est aujourd’hui plus facile d’accéder aux informations sur la gouvernance ? 

Oui c’est manifeste. Les informations sur la gouvernance sont réellement accessibles. Et ce pour deux raisons principales. La première étant l’évolution constante des codes, des textes, des règlements : Soft law ou hard law, du Rapport Viénot en 1995 à la révision en juin 2018, pour son dixième anniversaire, du Code Afep-Medef, sans oublier bien évidemment l’examen actuel du projet de loi Pacte.

La seconde raison est plus technique. Les outils se prêtent bien davantage à l’exercice. Hier, il y avait encore des pavés de papier, format annuaires téléphoniques, physiquement distribués aux actionnaires annuellement lors des assemblées. Les documents de référence annuels sont désormais en ligne, généralement accessibles en deux clics. En outre, les sites des entreprises, avec une section dédiée à la gouvernance sont une source précieuse d’information avec une mise à jour fréquente.

Avez-vous quelques exemples d’informations plus accessibles ou au contraire des informations qui mériteraient une attention particulière en termes d’accessibilité et de lisibilité ?

En principe, toutes les informations qui doivent être rendues publiques, le sont. Les entreprises y font très attention. Et il en va de même pour le Haut Comité du gouvernement d’entreprise (HCGE) mis en place en 2013. Celui-ci veille à la bonne application du code Afep-Medef par les entreprises qui s’y réfèrent. Il n’empêche, le traitement des sujets plus qualitatifs peut être amélioré pour renforcer l’accessibilité et la lisibilité. Il y a ainsi des progrès à faire en matière de pédagogie sur la présentation et l’évaluation des risques. Certes il y a eu des évolutions ces dernières années sur la qualification des risques. Il reste à la rendre plus lisible et ne pas hésiter à prendre quelques bons exemples de pratique. Nous développons cela dans notre étude.

Quelles sont les améliorations cette année et les points de progrès ?

On peut citer des points de progrès dans la composition des conseils. Ces évolutions sont constantes, tant dans la diversité, que dans l’indépendance, les compétences affichées, ou encore les niveaux d’implication recensés. On voit les efforts se concentrer sur des sujets comme l’éthique, la compliance, la RSE, la protection des données et la cybersécurité. On observe aussi, un accroissement d’informations et analyses publiées relatives au partage de la valeur.

Quels sont les principaux risques à éviter ?  

Il ne faudrait pas oublier qu’il s’agit d’une communication réglementée. Et ces deux mots ont leur importance. Tout l’enjeu réside donc dans l’équilibre entre la simple présentation des données brutes et normées, et la nécessaire analyse et mise en perspective afin de faciliter leur bonne compréhension par l’ensemble des parties prenantes. Il s’agit d’un travail considérable.

J’ai été frappé lors des derniers Grands Prix de la Transparence, le 3 octobre dernier, par la grande fierté des lauréats. Cette fierté marque la reconnaissance tant en externe qu’en interne de la qualité et de l’importance du travail consacré. Une véritable gestion de projet de l’entreprise qui doit faire appel, dans un délai très court, à de nombreuses contributions de la part de plusieurs directions distinctes. Objectif = donner une image fidèle, cohérente, pédagogique, accessible et transparente.

Propos recueillis par Beñat Caujolle