En France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, les scandales autour de certaines rémunérations de dirigeants inquiètent les politiques. Un vote contraignant est de plus en plus souvent évoqué. L’obligation de la publication d’un ratio de rémunération, entre celui du patron et le salaire médian dans l’entreprise, aux Etats-Unis à partir de l’an prochain, s’il s’avère utile, pourrait donner des idées à d’autres pays.

En cette rentrée 2016, la thématique de la rémunération des dirigeants devrait rester plus que jamais à l’ordre du jour. Après le débat à l’Assemblée nationale et au Sénat au début de l’été, la commission mixte paritaire s’est réunie hier sans succès pour plancher sur la loi Sapin 2, qui prévoit notamment un vote contraignant sur la rémunération des dirigeants. Texte de circonstance après la crise autour de la rémunération du PDG de Renault, non approuvée par les actionnaires, mais confirmée par le conseil d’administration, qui a finalement accepté fin juillet de réduire de 20% la part variable du PDG. Surtout ce texte devra être compatible avec la directive droit des actionnaires, toujours en négociations. Au Royaume-Uni, la grogne monte aussi. Un député conservateur vient aussi de proposer la mise en place d’un vote contraignant annuel sur la rémunération des patrons.

Une flambée des salaires des patrons

Mais pourquoi ce vent de réglementation par la loi et non par la soft law souffle actuellement des deux côtés de la Manche ? La flambée des salaires des dirigeants, qui plus est dans un contexte de crise économique qui dure, a exacerbé les esprits. D’ailleurs, le think tank britannique High Pay Centre a récemment constaté qu’un patron du FTSE 100 touche en moyenne 5,5 millions de livres (6,5 millions d’euros), soit 150 fois le salaire moyen d’un employé. Un ratio qui a doublé en 10 ans. Ces deux exemples montrent le relatif échec d’une bonne gouvernance à maitriser la flambée des rémunérations de certains patrons.

Un ratio qui aurait du sens dans une logique sectorielle

Le ratio entre le salaire médian et le salaire du dirigeant apparaît alors comme un indicateur intéressant à prendre en compte. Ce n’est pas nouveau. La difficulté de mise en œuvre a freiné les ardeurs. Pour des groupes internationaux, quelle est la pertinence d’un salaire moyen, sans commune mesure entre celui d’un Français, d’un Chinois ou d’un Brésilien ? D’un secteur à l’autre aussi, la différence peut-être très forte, par exemple entre un groupe de distribution ou industriel avec des salariés moins qualifiés en moyenne que la population d’ingénieurs d’une SSII. La pertinence ne serait pas tant dans un ratio absolu que d’un maintien de ce ratio dans le temps, autrement dit une augmentation des rémunérations harmonisée entre celle des salariés et celle des dirigeants.

L’expérience américaine devra faire ses preuves

Aux Etats-Unis, la SEC, le régulateur américain des marchés, a frappé un grand coup en imposant aux entreprises cotées de publier l’écart entre la rémunération des dirigeants et le salaire médian des salariés. Ce texte est applicable à compter de 2017. Si cette publication aide à freiner la flambée des salaires des patrons, elle pourrait faire des émules en Europe. Selon Glassdoor Economic Research, les dirigeants du S&P 500 gagnent en moyenne 204 fois plus que le revenu médian de leurs salariés. Un ratio qui peut
dépasser les 1.000 fois ! Or, dans les années 80 ce ratio n’était que d’environ 50 fois, et seulement de 25 vingt ans plus tôt.

Fin 2015, un rapport de l’Institut canadien sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (Igopp) invitait à la prudence sur l’utilisation d’un tel ratio. Dès 2012, l’Igopp recommandait aux conseils d’administration d’établir un rapport « juste et productif » entre la rémunération médiane des salariés et celle du dirigeant, mais sans le rendre public pour éviter une mauvaise interprétation. De fait, l’obligation de publication des salaires des dirigeants depuis la fin du siècle dernier a eu un effet inflationniste inattendu. Peu de patrons acceptent d’être moins bien payés que leurs pairs, sous peine d’être considérés comme de mauvais dirigeants.

Thomas Fenin