Entretien avec Aldo Sicurani (F2iC), Valérie Boas (L’Oréal) et Valérie Bardou (Amundi).

Les initiatives se multiplient entre le réseau social lancé par la F2iC, le Guide du Routard de l’investissement en Bourse, les actions du Cliff ou la formation en ligne d’Amundi pour les salariés actionnaires.

Si la Bourse reste mal aimée par les Français, de nombreux acteurs de la Place se mobilisent pour convaincre particuliers et salariés à investir en actions. Surtout, ils n’hésitent plus à utiliser les nouvelles technologies.

La Fédération des Investisseurs Individuels et des Clubs d’investissement (F2iC) vient ainsi de lancer le 1er février www.placedesactionnaires.com. Le premier réseau social de l’actionnaire s’inspirant du modèle twitter en promouvant des messages courts. « Jusqu’à présent nous étions face à certains actionnaires individuels qui s’exprimaient, voire se défoulaient, sur des forums de sites boursiers. Place des actionnaires.com a pour vocation de rassembler sur une plateforme d’échange, et de mettre à disposition de tous des informations fiables et objectives », confie Aldo Sicurani, délégué général de la F2iC.

La pédagogie est au cœur des dispositifs

Alors que les différentes enquêtes sur l’actionnariat individuel montrent que les épargnants vont peu sur les sites des sociétés pour s’informer, «grâce à cet outil qui met à disposition de l’épargnant, de manière simplifiée, l’accès à l’information, notre objectif est d’inciter l’épargnant à aller directement à la source de celle-ci, que ce soit les sites des sociétés cotées ou ceux de la presse financière », ajoute Aldo Sicurani.

Les émetteurs soignent aussi leurs actionnaires particuliers. « Au sein d’un groupe de travail du Cliff*, nous menons plusieurs chantiers pour soutenir l’actionnariat individuel, explique Valérie Boas, responsable des relations avec les actionnaires individuels chez L’Oréal. Dans une démarche de fidélisation, plus que de conquête, nous voulons informer le mieux possible nos actionnaires, notamment sur la transmission d’un portefeuille ». « L’objectif est de donner les moyens à l’épargnant de prendre une décision d’investissement en connaissance de cause, correspondant à son profil et à son horizon d’investissement, explique Valérie Bardou, responsable de la formation en épargne salariale et retraite chez Amundi. Nous ne voulons plus que l’épargnant salarié continue à investir 43% de ses avoirs en monétaire par défaut ».

Même le Guide du Routard vient de publier un guide de l’investissement en Bourse. Il en profite pour battre en brèche les idées reçues et expliquer simplement comment créer et gérer un portefeuille. De son côté, l’Ecole de la Bourse dispense des formations boursières depuis près de 20 ans.

L’innovation technologique au service de l’actionnariat

Le plus innovant, Amundi, vient de lancer « Les Clés de la Gestion Financière », une formation en ligne basée sur les technologies des Mooc (Massive open online courses) et des Serious Games destinée à accompagner les bénéficiaires de l’épargne salariale chez ses entreprises clientes. « Quatre ans après avoir lancé des formations physiques chez nos clients, nous sommes les premiers à franchir le pas d’une formation en ligne innovante, confie Valérie Bardou. Ce parcours, de 4 à 5 heures de formation, qui va de la présentation du marché financier à l’explication de la fiche de reporting du fonds, est ouvert pendant cinq semaines. Un temps limité qui permet de motiver les participants et de dynamiser la plateforme d’échanges qui accompagne la formation au sein de chaque entreprise ». Amundi tirera un premier bilan en juin.

Attirer et convaincre de jeunes investisseurs

En utilisant des codes de communication modernes, « nous espérons aussi rajeunir les bases d’investisseurs particuliers, poursuit Aldo Sicurani. Aujourd’hui, avec des frais de courtage très réduits, on peut gérer un portefeuille avec un budget réduit de 4.000 euros, alors qu’il y a 30 ans il était nécessaire d’avoir au moins 15.000 euros de mise de fonds. Le succès du crowdfunding auprès des jeunes est un signe encourageant pour la Bourse !». Plus que des actions individuelles, « nous privilégions les démarches de Place pour sensibiliser les jeunes à la Bourse. Nous intervenons ainsi avec d’autres émetteurs dans les grandes écoles et universités, avec pour objectif de présenter la Bourse sous un aspect positif et accessible, poursuit Valérie Boas. Nous voulons apporter un conseil, qui n’est plus fourni par les conseillers bancaires. Pour l’avenir, nous réfléchissons à des actions de formation en ligne ».

La confiance de la population dans les entreprises, le retour du patriotisme économique et le fort engagement actuel de l’AMF** pour encourager l’actionnariat individuel devraient soutenir l’investissement en actions. En attendant, il incombe à tous de trouver de nouveaux vecteurs de communication et de formation pour convaincre les Français d’investir en Bourse.

Thomas Fenin

*Cliff : Association française des professionnels de la communication financière
**Voir notre interview de Cindy David de l’AMF le 17/12/15