Les entreprises peinent à passer de la prévention des risques à la création de valeur permise par une gestion des risques efficace.

Depuis longtemps les risques sont au cœur des préoccupations des directions générales et des conseils d’administration. Pour autant, les entreprises semblent montrer un excès de confiance dans la gestion de leurs risques selon la dernière enquête Deloitte, réalisée par Forbes Insight auprès de 300 dirigeants et administrateurs de grandes sociétés mondiales. En effet, quatre entreprises sur cinq estiment prendre le bon niveau de risque et trois sur cinq pensent même avoir une capacité à équilibrer risques et bénéfices supérieure ou très supérieure à la moyenne. Signe peut-être d’un manque d’esprit critique…

La gestion des risques doit conduire à la création de valeur

Si 87% des sociétés interrogées estiment que la gestion des risques doit se concentrer sur la création de valeur et pas seulement sur la prévention des risques, moins d’une sur cinq tire activement profit des risques pour piloter sa stratégie et ses résultats. Pourtant, les managements pensent qu’une gestion des risques efficace permettra d’abord d’améliorer la fidélisation de leurs clients, mais aussi d’améliorer leur rentabilité, d’assurer la réussite des fusions et d’identifier de nouvelles opportunités commerciales.  

Quel est le rôle du directeur des risques ?

Près des deux tiers des entreprises assurent avoir un directeur des risques à temps plein. Un chiffre particulièrement élevé qui cache d’importantes disparités. Ce taux atteint 73% dans les secteurs très règlementés, comme les services financiers ou la pharmacie, mais tombe sous la barre des 50% dans le secteur des biens de consommation. Ces chiffres semblent montrer que le directeur des risques reste cantonné dans une mission de prévention des risques. Or, les directions générales attendent bien plus de leur directeur des risques. S’il doit naturellement être le garant de l’application du programme de gestion des risques de la société, il doit aussi sensibiliser l’ensemble des équipes aux risques. Surtout, les dirigeants aimeraient que les directeurs des risques consacrent plus de la moitié de leur temps à la définition de la stratégie de l’entreprise et à l’alignement entre gestion des risques et création de valeur. Soit deux fois plus de temps qu’aujourd’hui. Le rôle et les responsabilités du risk manager méritent donc d’être mieux définis.

Le directeur des risques rend compte habituellement auprès du directeur général, mais il rapporte encore peu au conseil d’administration. Aussi, pour maximiser l’efficacité des risques, il doit occuper un poste haut placé dans l’organisation, et disposer d’une certaine indépendance en étant directement rattaché au PDG, estime Deloitte.

Se préparer aux opportunités stratégiques à venir

Toujours dans l’anticipation, le directeur des risques doit se demander quels seront les risques de demain et comment les traiter. Aujourd’hui, les risques liés à la responsabilité sociétale de l’entreprise, notamment les effets du changement climatique, viennent en tête avec les risques de disruption liés aux innovations technologiques. Demain, la question des alliances stratégiques de l’entreprise constituera le premier risque, selon les répondants de l’étude. Les risques liés à la cybersécurité, à la géopolitique ou encore à la réputation de l’entreprise sont moins citées. Pas parce qu’ils sont moins importants, mais sans doute car les sociétés jugent efficaces les tactiques mises en place pour les contenir, explique l’étude.

Des risques qui doivent se transformer en opportunités stratégiques. D’ailleurs, les deux tiers des dirigeants déclarent étudier les facteurs disruptifs pour mieux identifier les perspectives de développement et d’acquisitions. En renforçant ses capacités d’identification et de gestion des risques, l’entreprise crée un avantage concurrentiel. Voilà qui devrait inciter les entreprises à y mettre les moyens nécessaires !

Thomas Fenin