Directive Transparence oblige, à compter du 1er janvier 2020, tous les Etats financiers annuels consolidés devront être publiés sous un format d’information électronique unique : le format XBRL ! Les premières publications interviendront ainsi en 2021. Après des années de tergiversations, nous y sommes désormais ! A nous d’accompagner les entreprises à répondre au mieux à cette obligation. La rendre utile et éviter les surcoûts.

Entretien avec Jean Régis Carof, Secrétaire général du Cliff

Les entreprises cotées se sont-elles mises au format XBRL pour la publication de leurs comptes ?

Non. Les entreprises ne sont pas vraiment prêtes. L’ESMA a organisé des tests pendant l’été 2017, seulement 3 entreprises françaises y ont participé. D’une manière générale, les corporates se demandent encore et toujours ce que va bien pouvoir leur apporter cette norme de reporting imaginée par quelques prestataires ou fournisseurs de données financières. Cela fait plus de 10 ans que cette norme a été présentée et il y a eu, depuis lors, beaucoup d’atermoiements pour finalement imposer une technologie qui date de la fin des années 90 !

Pourtant, un format d’information électronique unique présente de nombreux avantages…

Au premier abord, c’est un concept séduisant : On nous parle d’un accès plus facile aux informations, ce qui pourrait faciliter leur analyse, leur comparaison au bénéfice de tous : émetteurs, investisseurs, utilisateurs… Mais cela est vrai en théorie seulement. Dans la pratique, les états financiers des entreprises ne sont pas structurés de façon identique, même au sein d’un même secteur d’activité. Chaque émetteur a ses spécificités. Dans la publication des comptes en normes IFRS, il reste beaucoup d’éléments non normés. Ainsi chaque société publie des indicateurs alternatifs de performance propres à son activité et à son business modèle. D’ailleurs, aucun analyste ou investisseur américain n’a demandé à une entreprise française des comptes en XBRL, alors que cette norme de publication est en place depuis 10 ans aux Etats-Unis.

Les entreprises françaises vont pourtant devoir s’y mettre…

Oui, bien sûr, les sociétés cotées vont se conformer à cette réglementation bien qu’elle ne réponde à aucun besoin chez les utilisateurs et n’apporte rien aux émetteurs si ce n’est un surcroît de travail et des charges additionnelles. Pensez que ce format n’est obligatoire que pour les rapports financiers annuels mais pas pour les publications semestrielles ! C’est en fait une fausse bonne idée. Pour dire les choses autrement, nous doutons sérieusement que cela soit une source de progrès pour ceux qui vont utiliser l’information financière…

Il n’y a rien de positif ?

On aurait pu déjà commencer par prendre le problème par le bon côté. Et faire ce que plusieurs pays d’Europe du Nord (Belgique, Pays-Bas, Danemark, Finlande …) ont mis en œuvre, à savoir rendre obligatoire la publication en norme XBRL des états financiers des sociétés-mères. Cela aurait permis la création d’un guichet unique pour le dépôt des comptes annuels auprès des services des impôts (liasse fiscale), des Urssaf et des greffes des tribunaux de commerce. La même information, au même moment, au même format. Cela aurait également permis à toutes les entreprises de se familiariser à ce format de publication qui aurait pu, ensuite, être étendu aux comptes consolidés. Selon nos informations, la Direction du Trésor y réfléchit.

Propos recueillis par Beñat Caujolle